Applaudir, constitue un geste noble qui exprime la satisfaction et la reconnaissance à la fois; une expression banale et symbolique pour manifester l'approbation et l'encouragement d'un effort méritoire; d'un résultat notoire....
Le problème, c'est que ce geste se trouve banalisé à un tel point qu'il perde son sens, devient insensé et même absurde. On a tendance à applaudir pour n'importe quoi, pour n'importe qui et à n'importe quel moment?
La banalisation tue le sens des gestes, leur enlève tout l'intérêt et leur ôte toute la symbolique inhérente à tout acte humain, porteur de sens et de sensations.
La politisation donne à l'acte d'applaudir un autre sens, celui de l'approbation et de l'appui au discours, indépendamment de son contenu ou du consentement personnel. L'applaudissement devient le signe de l'adhésion individuelle et collective, une stratégie pour faire passer un message donné, montrer l'importance d'une idée ou d'une décision si banale soit-elle. Une logique implacable de la machine politique et idéologique pour imposer n'importe quoi?
Cette logique entraine tout le monde si bien qu'on se trouve souvent pris au piège. A force de voir tout le monde applaudir, on se trouve embarqué dans une hystérie collective; donnant lieu parfois à des surenchères. Dans cette atmosphère passionnée, gare à celui qui n'applaudit pas, il se trouve d'emblée suspect. Il est d'autant suspect que le nombre d'applaudissement est élevé et la durée est longue!
Dans de nombreux cas, je me trouve en porte à faux avec l'ensemble de l'assistance à un point que je me pose parfois la question: qu'est ce qu'il y a pour applaudir? Ne pas applaudir devient même le symbole de la désapprobation et de la démarcation et devient suspect s'il se répète plusieurs fois. Faudrait-il applaudir pour ces futilités? Je vois autour de moi, tellement les gens applaudissent pour rien et pour n'i,porte quoi que je suis devenu, à la longue, allergique même à l'applaudissement. C'est l'effet pervers obtenu lorsqu'on perd le sens des choses. L'embrigadement politique, l'emprisonnement idéologique, l'esprit partisan, l'opportunisme et le manque de courage sont autant de facteurs qui expliquent et contribuent à cette misère humaine. Dans cette atmosphère passionnée ou chargée idéologiquement, il suffit qu'un seul déclenche le processus pour que tout le monde le suive pour de longs moments donnant lieu parfois à des surenchères: qui fait mieux!
A côté de l'approbation et la désapprobation, il y a l'enthousiasme qui seul doit susciter l'applaudissement et exprime l'adhésion totale et la satisfaction. Pour garder son sens, l'acte d'applaudir ne doit pas être banalisé; il doit être réservé aux actes qui nous font tellement plaisir.
Dans la plupart des manifestations, on applaudit pour remercier l'intervenant lorsqu'il termine son speech; quelque soit son contenu d'ailleurs. Ainsi, l'acte perd son sens et son rôle de discrimination et de distinction. Parfois, la durée et l'intensité des applaudissements permettent de nuancer entre les personnes et les intervenants mais les limites restent floues et ambiguës. Dans ce cas, respect oblige, la bienséance nous le dicte, il faudrait applaudir tout le monde. Nous voilà à la limite de l'acte et au seuil de son ambivalence. La durée et l'intensité doivent être l'indicateur indiqué!
En se plaçant de l'autre côté de la barre, on voit la seconde facette de l'acte, l'autre sens. Lorsqu'on est intervenant et on termine sans entendre un applaudissement; quant on a applaudit pour d'autres évidemment, on a souvent la sensation de manquement, d'insatisfaction; voire d'échec partiel ou d'incompréhension! On a tellement besoin de cet acte de reconnaissance que son absence rime à l'insatisfaction!